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Suivre son activité abonnés Lire ses 1 critiques 3,5 Publiée le 9 juin "Le Grand Soir" ne laisse assurément pas indifférent et même si on rentre à fond dans ce genre de cinéma, on ne peut que ressentir malgré tout un petit malaise En effet, un nombre d'éléments présents dans ce film sont fort intéressants pour ne pas bouder cette réalisation, à commencer par la paire de larrons et frères que forme Poelvoorde et Dupontel extraordinaires tous les deux! Les parents ne sont pas en reste car Brigitte Lire plus L'homme le plus classe du monde Suivre son activité abonnés Lire ses critiques 5,0 Publiée le 6 avril Que ceux qui s'attendent à un sketch de groland d'une heure et demie, passez votre chemin.

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AD VITAM Honnêtement, qui se serait attendu à ce qu'une paire d'hurluberlus de "Groland" - seule émission du PAF à ressusciter les mânes d'Alfred Jarry - acclimate les moeurs de l'ubuesque "présipauté" au paysage délicat du cinéma français? Force est pourtant de constater l'irrésistible montée en puissance des deux de la flibuste, Benoît Delépine et Gustave Kervern. Aaltra et Avida , sous leurs oripeaux surréalistico-dadaïstes, avaient étonné. Louise-Michel , farce anarcho-syndicaliste, avait enthousiasmé et Mammuth , transformant Depardieu en biker à la poursuite de ses points de retraite, ému.

De l'un à l'autre des deux derniers titres, la faveur du public s'était manifestée en passant de trois cent soixante à huit cent mille spectateurs.

Au vu de son casting explosif et du brio de sa mise en scène, Le Grand Soir devrait logiquement casser la baraque à frites. Plantons décor et personnages. Le premier a l'avantage de la simplicité : un centre commercial en zone périurbaine. Les seconds celui de la truculence : une famille de zombies neurasthéniques et déjantés.

La situation de départ oppose les membres de la famille. D'un côté, les parents, mornes et inquiétants éplucheurs de patates séchant sur pied dans leur tôle, assortis de Not, vieux débris à crête iroquoise et pantalon treillis, blase inscrit sur le front, taxant leurs yaourts à des rombières effrayées.

De l'autre, Jean-Pierre, Zébulon du matelas à ressorts, zélote survolté de la liberté d'entreprise, supplétif acariâtre et vindicatif du chacun pour soi. Seulement voilà, Jean-Pierre, qui a légèrement surestimé son talent, ne tarde pas à exploser en vol. Son patron le vire en même temps que sa femme le largue. Le sort de la famille étant désormais plié, une recomposition des forces a lieu, qui voit Jean-Pierre converti à la punk attitude par son frère Not, l'intronisant par le tatouage d'un "dead" sur le front.

De sorte que, mis côte à côte dans un plan frontal, les frangins se lisent "not dead". Ainsi resolidarisée, la famélique tribu Bonzini peut partir à l'assaut de l'empire consumériste.

Il s'agira de le transformer en immense espace de jeu, en arène de la dépense gratuite, en pré carré de la subversion énervée. Tentative d'immolation par le feu, rodéo en tractopelle, incarnation de Gérard Depardieu en romanichel sarkozyste, beuveries extatiques, raids burlesques dans les lotissements environnants, préparation exaltée du grand soir à la "n'importe nawak", détournement situationniste des enseignes commerciales.

L'honnêteté du film est d'avouer non seulement l'inégalité du combat, mais la désespérance de la révolte : le bonze Jean-Pierre finit noyé sous le dispositif anti-incendie de la grande surface, et il n'y a pas un chat au rendez-vous du grand soir. Peu de films peuvent se targuer de renouer le fil de la meilleure tradition insurrectionnelle française pour aller vite, de François Villon aux Wampas, en passant par Georges Darien et les membres du club zutiste.

Peu d'entre eux parviennent à évoquer avec tant de justesse le désastre de notre époque. La précarité du travail, la surveillance généralisée, l'aliénation marchande, la rupture des solidarités. Sa localisation dans une zone commerciale, et le sens du gag visuel qui en tire parti, relève d'un génie qui parachève, sur les cendres froides des "trente glorieuses", le funeste pressentiment du Play Time , de Jacques Tati.

Le centre commercial de Bègles, où a notamment été tourné le film, mais aussi bien La Pataterie avec son concept de ruralité toc "Allez hop, tout le monde à la campagne! Conçus et financés par de grands groupes privés, ils sont en réalité assujettis, jusque dans le moindre détail, à la logique de la consommation et de la rentabilité. Favorisant l'anonymat et le transit, ils sont, pour reprendre l'expression de l'anthropologue Marc Augé, des non-lieux, soit "un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique".

En un mot, un pur et simple simulacre, déconnecté de tout ce qui structure et engage la vie sociale, à l'instar du système qui le produit et dont on constate aujourd'hui la faillite. Paradoxe : cet affranchissement de la responsabilité collective a sa séduction propre, qu'il partage en un certain sens avec la fiction. L'aire géographique du Grand Soir le montre bien, étant à la fois le lieu de la pire aliénation consumériste et celui de son possible détournement poétique.

Idem pour ses personnages, qui ne sont pas, contrairement à ce qu'on pourrait penser, des marginaux du système, mais l'expression terminale de l'humanité qu'il fabrique. Ce qui sauve le film de la pire condescendance - du genre amusons-nous un peu sur le dos des pauvres -, c'est sa capacité à nous rendre ces personnages sympathiques et sa manière de les mener insensiblement du nihilisme trash à un acte d'émancipation qui, aussi modeste soit-il, signifie leur refus d'être considérés plus longtemps comme des rebuts.

La gravité réelle du récit, l'humanité que ses acteurs laissent deviner sous l'excentricité de leurs personnages, la folle tendresse avec laquelle ils sont filmés, l'humour funambulesque qui emporte le tout, sont de nature à convaincre qu'aujourd'hui, comme le suggère l'un des personnages, "nous sommes tous des punks à chien".

Sur le Web : www. Capricci, p.

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Le Grand Soir

AD VITAM Honnêtement, qui se serait attendu à ce qu'une paire d'hurluberlus de "Groland" - seule émission du PAF à ressusciter les mânes d'Alfred Jarry - acclimate les moeurs de l'ubuesque "présipauté" au paysage délicat du cinéma français? Force est pourtant de constater l'irrésistible montée en puissance des deux de la flibuste, Benoît Delépine et Gustave Kervern. Aaltra et Avida , sous leurs oripeaux surréalistico-dadaïstes, avaient étonné. Louise-Michel , farce anarcho-syndicaliste, avait enthousiasmé et Mammuth , transformant Depardieu en biker à la poursuite de ses points de retraite, ému. De l'un à l'autre des deux derniers titres, la faveur du public s'était manifestée en passant de trois cent soixante à huit cent mille spectateurs. Au vu de son casting explosif et du brio de sa mise en scène, Le Grand Soir devrait logiquement casser la baraque à frites. Plantons décor et personnages.

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Le Grand soir

Photo DDM, D. Avec comme spécimens désespérés : Benoît Poelvoorde en punk à chien et son frère Albert Dupontel en vendeur de matelas viré par son patron et qui disjoncte méchamment. Souvent, on écrit des scènes qu'on pense drôles et ne le sont pas toujours. Nous, on pensait que des moments seraient à hurler de rire. En voyant les spectateurs à la fin des projections, on sentait bien qu'ils mettaient du temps à digérer le film.

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